Bourgogne, le 2 mai 2026
Cher journal,
Si on m’avait dit il y a 15 ans que j’allais écrire cet article j’y aurais pas cru…
Car moi aussi j’ai fait partie de ceux qui pensaient dur comme fer qu’il fallait arrêter totalement le lait ainsi que ses dérivés.
Mais maintenant que je suis diététicienne j’ai voulu me pencher sur la question et chercher des vraies sources pour démêler le vrai du faux. Je suis donc allée chercher des informations et finalement les études récentes ont des arguments très solides que je souhaite t’exposer dans cet article.
Si tu es allergique, bien sûr qu’il ne faut pas consommer du lait. Concernant l’intolérance aux produits laitiers, je vais développer le sujet tout au long de cet article pour te donner des explications et éventuellement des solutions. Si t’as envie de consommer des produits laitiers, bien-sûr car ce n’est pas une obligation.
Car oui, à ce jour, le lait reste un aliment très intéressant en raison de sa teneur en protéines, en vitamines liposolubles et… en calcium. C’est un aliment très économique, avec un calcium hautement bio disponible. Je vais développer ici uniquement l’intérêt du lait pour ses apports en calcium.
Et même si moi aussi je suis sensible au débat écologique et de souffrance animale que cela suscite, je ne vais pas développer ce sujet. Je vais me focaliser uniquement sur le plan nutritionnel du lait et de ses dérivés.

Mon histoire :
Je ne sais pas toi, mais moi… le lait, ça n’a jamais été mon truc.
Depuis toute petite, impossible. Le goût, l’odeur… non merci.
Par contre, ironie du sort : le fromage et les yaourts, j’adore.
Comme quoi, on est rarement à une contradiction près 😅
Quand mon corps a dit stop aux produits laitiers
Arrivée à l’âge adulte, les choses se sont compliquées.
Ballonnements, inconfort digestif, douleurs articulaires et surtout beaucoup de soucis ORL : des sinusites qui me faisaient perdre la voix pendant des semaines qui se transformaient en laryngites puis en bronchites… bref, mon corps m’a clairement fait comprendre que quelque chose ne passait plus. J’ai donc fait un test d’intolérances alimentaires.
👉 Verdict : intolérance aux produits laitiers.
Du jour au lendemain (ou presque), j’ai arrêté.
Et pendant un bon moment, je m’en suis très bien portée.
Sauf que…
À un moment donné, j’ai dû faire face à une carence importante en vitamine D.
Et là, changement de stratégie.
👉 J’ai réintroduit certains produits laitiers.
Mais différemment.
Aujourd’hui :
- j’en consomme quelques fois par semaine
- mais pas tous les jours
- et surtout, je reste à l’écoute de mon corps
Et depuis, je tolère largement mieux…
Et là, les vraies questions commencent
Parce qu’au fond, ce n’est pas juste une histoire de tolérance.
C’est une question beaucoup plus large :
👉 Est-ce que les produits laitiers sont vraiment indispensables ?
👉 Peut-on couvrir ses besoins en calcium sans eux ?
👉 Et pourquoi il y a autant d’avis contradictoires ?
Et pour cela, je vais parler des sujets qui font débat et les principaux discours autour du lait qui déconseillent sa consommation. Car oui, Les produits laitiers sont une source très intéressante du calcium mais la question serait : de tous les arguments qu’on entend qui nous découragent à le faire, où on est aujourd’hui ?
Le grand écart : entre naturopathie et diététique
Si tu t’es déjà intéressé(e) à la nutrition, tu as forcément vu passer deux discours très différents.
🌿 D’un côté…
- “Le lait est inflammatoire”
- “C’est fait pour les veaux”
- “Nous sommes les seuls mammifères à en consommer à l’âge adulte”
🥼 De l’autre…
- “C’est une excellente source de calcium et de protéines”
- “Aucun problème s’ils sont bien tolérés”
- “Ils ont leur place dans une alimentation équilibrée”
Et si… les deux avaient un peu raison ?
Concernant le premier argument qui les proscrit :
👉 tout dépend du contexte… et de la personne. Si tu as un microbiote appauvri, une perméabilité intestinale et/ ou une intolérance, OUI cela pourrait favoriser des réactions inflammatoires chez certaines personnes. Cela n’est pas le cas (heureusement) pour toute l’humanité.
Concernant le deuxième et le troisième argument : 👉Au cours de l’évolution, une tolérance au lait consommée à l’âge adulte s’est crée. Je parle notamment du lactose, le sucre du lait qui peut être la source de problèmes chez certains. En effet, chez les personnes qui pourraient tolérer le lactose à l’âge adulte une mutation génétique l’a permis. Selon ton ethnie, tu pourrais être plus ou moins tolérant au lactose. Ca dépend donc des personnes, ce n’est pas une vérité applicable à tout le monde. J’ai trouvé une vidéo qui parle très clairement sur l’évolution de l’homme et la consommation du lait au cours de l’histoire. Tu trouveras le lien à la fin de cet article.
Autrement, les études les plus récentes sont très rassurantes en ce qui concerne la consommation du lait ainsi que de ses dérivés. Avec modération par contre. Je propose ci-dessous le lien d’une vidéo qui parle des études récentes sur la consommation du lait et des produits laitiers vs différentes maladies. Il est en dehors du sujet que je propose ici mais peut complémenter si tu t’intéresses à la question. En revanche, il est sans discussion que les produits laitiers sont aujourd’hui une source de calcium très intéressante et dans la plupart de cas, dans une alimentation traditionnelle en Europe, pourraient en être la source principale.
On n’est pas tous égaux face aux produits laitiers
Un point que je trouve fascinant :
👉 la tolérance au lactose dépendrait donc en grande partie de nos origines.
- En Afrique et en Asie → beaucoup d’intolérants
- En Europe du Nord → majorité de tolérants
Des travaux de la généticienne Sarah Tishkoff ont montré que la capacité à digérer le lactose à l’âge adulte est une adaptation génétique apparue indépendamment dans différentes populations humaines pratiquant l’élevage.
Donc déjà, vouloir une réponse universelle… c’est compliqué. Dans les images ci-dessous, on voit en premier les intolérances selon les ethnies et ensuite en moyenne le pourcentage d’intolérance dans les différentes régions du globe. Il faut néanmoins considérer que la question ce n’est pas l’endroit où tu habites mais si toi tu es concerné par la mutation qui permettrait de digérer le lactose. Ces valeurs sont donc des estimations moyennes pouvant varier selon les populations.

Source : https://youtube.com/watch?v=0jhdmTrV5Ms&is=i9A8qB5HDF8qzQza

Le fameux “paradoxe scandinave”
Tu en as peut-être entendu parler de cette théorie :
👉 Les pays nordiques consomment beaucoup de produits laitiers…
👉 mais ont aussi des taux élevés d’ostéoporose.
Alors forcément, ça questionne.
Ce qu’on peut en dire à ce sujet :
Oui, cette observation existe.
Mais non, elle ne permet pas de conclure que “le lait abîme les os”.
Pourquoi ?
Parce que d’autres facteurs entrent en jeu :
- manque de soleil → moins de vitamine D
- longévité plus élevée et par conséquent une vieillesse rallongée qui fait monter statistiquement le taux d’ostéoporose dans la population)
- facteurs génétiques
- mode de vie (par exemple, plus des chutes et de fractures à cause des sols gelés une bonne partie de l’année)
👉 Bref : on est face à une corrélation, pas une preuve
Dans cet article je ne vais pas développer ce sujet qui est fort passionnant. Je ne me positionnerai pas non plus. En revanche, la littérature scientifique a permis d’arriver à cette conclusion de corrélation et pas de causalité.
Et le phosphore dans tout ça ?
Autre élément intéressant :
les produits laitiers contiennent aussi du phosphore.
Comme j’ai expliqué dans l’e-book qui parle sur le calcium, que je t’invite à consulter aussi sur ma page web, je citais l’importance de maintenir un ratio entre les deux minéraux.
Mais concernant le lait et les produits laitiers, ce ratio est globalement équilibré (proche de 1).
👉 Le vrai problème aujourd’hui vient surtout :
- des aliments ultra-transformés
- des additifs phosphatés
- des sodas
➡️ C’est là que l’excès de phosphore devient problématique.
Et si le problème n’était pas (que) le lactose ?
Quand on parle d’intolérance, on pense tout de suite au lactose.
Mais ce n’est pas le seul acteur.
🧬 La caséine entre en scène
La caséine est une protéine du lait. Et le fromage en contient plus que le lait ou les yaourts. Sa teneur est plus ou moins importante selon le temps d’affinage car ce processus réduit l’humidité du produit et augmente la concentration des molécules solides.

Chez certaines personnes, elle pourrait :
- être moins bien digérée
- provoquer une réaction
- ou participer à une sensibilité digestive
🧠 Et ces fameuses casomorphines…
Quand on digère la caséine, on produit des composés appelés casomorphines.
Lorsque la caséine est cassée pour être digérée, les enzymes produisent des peptides dont les appelés casomorphines
👉 Leur particularité ?
Ils ont une structure proche des opioïdes.
Alors évidemment, dit comme ça… ça intrigue 😅

Les casomorphines ne ressemblent pas entièrement à la morphine, mais certaines portions de leur structure (notamment des noyaux aromatiques issus de certains acides aminés) présentent des similarités permettant une interaction avec les récepteurs opioïdes.
Est-ce que ça rend accro au fromage ?
- Oui, il existe un effet “plaisir” réel
- Non, ce n’est pas une addiction au sens strict
Mais…
Chez certaines personnes, on peut observer :
- une forte appétence
- une difficulté à arrêter
- une sensation de “réconfort”
👉 Mélange de physiologie + émotionnel
Et c’est un discours qui nécessite de l’attention en cas de perméabilité intestinale, car ces casomorphines peuvent dans ce cas de figure atterrir via la flux sanguin dans le cerveau. Il y a eu notamment un livre du docteur Natasha Campbell qui a exploré cette piste et fait un lien avec les troubles neurodéveloppementaux. C’est un sujet très controversé.
En effet dans les années 1990–2000, certaines hypothèses ont proposé :
- un rôle des casomorphines dans certains troubles du spectre autistique,
- via une hyperperméabilité intestinale.
⚠️ Important :
👉 aujourd’hui, les preuves scientifiques sont insuffisantes pour conclure.
Les grandes recommandations médicales ne considèrent pas les casomorphines comme une cause démontrée de l’autisme.
Finalement, on fait quoi avec tout ça ?
C’est là que ma réflexion a évolué.
Au lieu de chercher une vérité absolue, j’ai commencé à voir les choses autrement :
👉 culturellement
👉 physiologiquement
👉 individuellement
Parce que oui, il y a aussi une dimension culturelle
En France, le fromage… c’est presque sacré 🧀
Donc forcément, notre rapport aux produits laitiers n’est pas uniquement nutritionnel.
Il est aussi :
- social
- émotionnel
- culturel
Attention : si tu ne tolères pas il ne s’agit pas par contre de se sacrifier pour les autres et de les consommer de force par peur d’être jugé ou d’avoir peur de devoir se justifier. Je parle du contexte ou tu aimes beaucoup le fromage ou d’autres dérivés du lait et que tu te retrouves dans un contexte social ou il es difficile de s’en passer.
Et parfois… un peu mental aussi
Parce que oui :
👉 À force d’entendre que “tout est inflammatoire”,
certaines personnes finissent par voir des problèmes partout.
Alors oui :
- il faut être à l’écoute de son corps
- mais sans tomber dans l’hyper-vigilance non plus
Et pour ce qui est d’ordre physiologique et individuel ?
Il ne faut donc pas lancer des « vérités universelles » pour résumer tout ce qui a déjà été dit. Si tu tolères le lait et que tu ne prends pas parce que t’as entendu une vidéo d’un influenceur qui assure que c’est du poison et si en parallèle tu ne fais pas le nécessaire pour augmenter tes apports en calcium et même en protéines autrement. Si t’es en ménopause t’es donc à risque d’ostéoporose. Si tu ne consommes pas assez des protéines par ailleurs et que t’as plus de 70 ans, là tu es en risque de dénutrition et là on frôle la catastrophe. C’est pour cela que chaque préconisation doit se faire à titre individuel selon la physiologie de chaque personne.
Mon équilibre aujourd’hui
Avec le recul :
✔️ Je ne diabolise plus les produits laitiers
✔️ Mais je ne les considère pas indispensables car je surveille mon alimentation et mes apports en calcium.
✔️ Je les consomme avec modération
✔️ J’assume et je me fais plaisir, je ne culpabilise pas si j’en consomme ✔️Et surtout, je m’écoute
Alors pour récapituler + quelques pistes :

👉 Tu peux consommer des produits laitiers
👉 Tu peux aussi t’en passer sans avoir la crainte de développer une ostéoporose.
Dans les deux cas, l’essentiel reste le même :
- comprendre ton corps
- observer tes réactions
- et garder du recul
Néanmoins, comme dans tout régime où on décide de supprimer un certain groupe d’aliments, vigilance s’impose.
Il sera donc indispensable connaître les sources de calcium hormis les produits laitiers, les aliments qui augmentent la biodisponibilité ainsi que les facteurs qui la réduisent. Et les connaître ne suffira pas. Il faudra donc revoir son alimentation et les introduire de façon régulière et de bien surveiller ses apports.
En revanche, si tu adores les produits laitiers mais que tu penses ne pas les tolérer, et que par conséquent tu te prives : je ne sais pas dans quel stade tu es aujourd’hui mais :
–Est-ce que tu as déjà exploré la piste d’une intolérance alimentaire ?
Ça peut être intéressant lorsqu’on a beaucoup de symptômes digestifs ou inflammatoires.
Mais attention : les tests d’intolérances alimentaires restent controversés et peuvent parfois donner des faux positifs. Ce serait dommage de supprimer totalement les produits laitiers à cause d’un résultat mal interprété.
Le mieux reste d’en parler avec un professionnel de santé afin d’évaluer la situation dans son ensemble.
–Est-ce qu’il s’agit de tous les produits laitiers ou seulement les yaourts ? ou le fromage ? car selon l’intolérance (au lactose ou à la caséine) tu n’est pas obligé de tout supprimer.
Parfois les inconforts pourraient ne pas venir du lactose en soi uniquement mais d’autres composants dans les aliments appelés FODMAPS. Il s’agit de certains types de sucres dont le lactose fait partie qui peuvent irriter les intestins. Dans ce cas de figure, tu peux supprimer les produits qui contiennent le plus de lactose comme le lait bien évidemment, les yaourts et les fromages frais comme la ricotta. En revanche les fromages affinés longtemps comme le Parmesan, l’Emmental, le Comté, le Cheddar, le Pecorino pourraient passer sans soucis. Les personnes qui sont intolérantes aux FODMAPS peuvent demander une prise en charge par un diététicien et souvent on arrive à améliorer les problèmes de digestion.
Et à l’inverse, si t’as des soucis généralisés d’inflammation dans le corps, tu pourrais explorer la piste de l’intolérance à l’histamine et à ce moment là, les fromages très affinés pourraient être problématiques contrairement aux produits frais car plus le fromage est affiné, plus il contiendra de l’histamine et dans ce cas, le souci ne sera pas uniquement le fromage mais aussi d’autres aliments qui en contiennent et à ce moment là, une prise en charge pour améliorer le terrain est possible.
On peut aussi travailler sur le terrain à partir du microbiote et de la barrière intestinale : je veux dire par là que si tu es intolérant aujourd’hui tu peux faire des analyses, vérifier l’état de tes intestins pour vérifier que tu n’as pas l’intestin perméable, vérifier que ta flore intestinale est riche en bonnes bactéries, faire tester tes marqueurs d’inflammation.
Il y a aussi quelque chose que tu dois savoir : si t’as arrêté les produits laitiers depuis longtemps et tu décides de les réintroduire : il peut être difficile au début car si tu n’en prenais plus, le corps arrête de sécréter de la lactase et tu réduis aussi les bactéries dans l’intestin qui aident à digérer le lait par manque de substrat ce qui peut faire penser qu’on est toujours intolérant. On peut insérer de façon graduelle et y observer. L’arrêt prolongé des produits laitiers pourrait lui même créer donc une intolérance.
Avec tout ce que j’écris aujourd’hui mon but n’est pas de chercher à te convaincre à tout prix que tu dois consommer de produits laitiers et encore moins 3 laitages par jour comme j’ai pu entendre dans certaines préconisations nutritionnelles. mais il faut savoir que l’alimentation ce n’est pas qu’une question de macro-nutriments : comme je l’ai déjà dit par le passé (et je ne l’ai pas inventé) l’alimentation connecte avec les émotions, avec les autres et il ne sera pas très profitable pour toi de « craquer » si tu t’étais interdit des produits laitiers et passer une semaine à culpabiliser car oui, les produits laitiers dans notre société sont partout et si comme moi tu as déjà arrêté de les consommer, tu verras à quel point il est difficile de s’en passer dans les repas de famille, en entreprise, au restaurant… Et ce sera encore plus difficile si tu aimes ça et que tu te punis à cause d’un discours ancien qui discrédite les produits laitiers et qui nécessite une mise à jour.
Bien évidemment, si tu consommes des produits laitiers ou tu souhaites les réintroduire dans ton alimentation, choisis des produits de qualité, bruts, pas des crèmes dessert remplies de sucre, des épaississants, des colorants ou encore des préparations fromagères qui ne contiennent que peu de fromage. Choisis de préférence du circuit court, si tu peux aller directement dans des petites exploitations et acheter directement au producteur ce sera encore mieux, cela te permettra d’observer les conditions d’élevage, d’alimentation du bétail.
Et pour terminer : OUI, les produits laitiers sont une source intéressante de calcium et OUI à condition que tu les tolères, ils peuvent être nos amis.
💬 Et toi, tu en es où avec les produits laitiers ?

🎥 Pour aller plus loin :
https://www.youtube.com/watch?v=yLrQVTW9Q64 : Les produits laitiers (et leur calcium) : amis ou ennemis pour la vie ? https://youtube.com/watch?v=0jhdmTrV5Ms&is=i9A8qB5HDF8qzQza : Les produits laitiers (et leur calcium) : amis ou ennemis pour la vie ?https://www.youtube.com/watch?v=klv7oCUgF2E
